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Méthylphénidate et TDAHPas de données solides, dénonce une Cochrane (Clémentine Wallace, Le Quotidien du Médecin)

Utilisé depuis plus de 50 ans, le méthylphénidate (Ritaline, Concerta, Quasym) est devenu le traitement pharmacologique de référence pour traiter le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) chez l’enfant et l’adolescent. Et pourtant son utilisation, sans cesse croissante dans le monde, repose sur des analyses de mauvaise qualité, selon une étude Cochrane à paraître dans le « British Medical Journal ».

C’est la première revue systématique et compréhensive sur les risques et bénéfices du méthylphénidate, selon ses auteurs, qui exhortent les praticiens à utiliser le stimulant avec plus de précaution – c’est-à-dire à bien suivre leurs patients pour peser les bénéfices et les risques du traitement au cas par cas.

Une revue sur 12 000 enfants

Leur revue a porté sur les 185 études randomisées de la littérature ayant comparé le méthylphénidate à un placebo ou à une intervention non-pharmacologique chez plus de 12 000 enfants, âgés de 3 à 21 ans (9,7 ans en moyenne), aux États-Unis, au Canada et en Europe.

Si le méthylphénidate « semble » améliorer les symptômes, le comportement général et la qualité de vie des patients TDAH, les auteurs soulignent la mauvaise qualité des données menant à ces conclusions. « Les 185 essais étaient à haut risque de biais », précisent-ils, soulignant une randomisation en double aveugle non respectée, et des résultats fournis incomplets.

En tout, ces 185 essais révèlent une augmentation relative du risque d’effets indésirables de 29 % avec le stimulant – pour la plupart des effets non-critiques, comme une baisse de l’appétit et des troubles du sommeil. Mais, là aussi, « ces résultats reposent sur des données de mauvaise qualité », précisent-ils.

« Nos attentes envers ce traitement sont sûrement trop élevées par rapport à la réalité, note le Dr Morris Zwi, coauteur de l’étude. Ces résultats appellent à mener des essais randomisés de meilleure qualité, au long terme, sur des populations larges, pour évaluer ses effets avec un meilleur degré de confiance. »

En France, le méthylphénidate est utilisé en deuxième intention, chez les patients avec un TDAH sévère, et les effets indésirables connus sont ceux mis en avant dans l’étude Cochrane. Dans un article publié en février 2015, le Pr Manuel Bouvard, spécialisé en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au CHU de Bordeaux, indiquait au « Quotidien » qu’en France, plutôt qu’un problème de surprescription de méthylphénidate, « il y a de toute évidence un problème de sous-diagnostic du TDAH ». Seulement 5 % des patients TDAH français sont sous traitement pharmacologique, précisait-il, « ce sont les stratégies de thérapie éducatives qui prévalent ».

Suite à leurs résultats, les auteurs de la Cochrane mettent les praticiens en garde contre tout arrêt brutal du traitement chez les patients qui semblent néanmoins bénéficier du traitement pharmacologique. L’évaluation est à réaliser au cas par cas, insistent-ils.

Clémentine Wallace

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