Les troubles du spectre de l’autisme (TSA) sont souvent associés à diverses comorbidités psychiatriques mais aussi à l’épilepsie avec laquelle le TSA pourrait partager des bases génétiques qu’il reste à déterminer, a fortiori quand les deux maladies tendent à survenir précocement, dès l’enfance ou l’adolescence. L’épilepsie qui peut s’avérer pharmacorésistante vient aggraver le retentissement cognitif du TSA et son pronostic à long terme.
Une revue systématique de la littérature internationale a retrouvé sur ce thème 53 articles concernant 66 études. A tout âge, l’épilepsie s’avère bien plus fréquente chez les patients atteints d’un TSA que dans la population générale, avec des fluctuations liées à l’âge, dans les études de cohorte comme dans les études transversales.

Chez l’adolescent (11-17 ans) atteint de TSA, on note une augmentation significative de la prévalence de l’épilepsie par rapport à la population générale. Une tendance similaire est observée chez l’enfant d’âge préscolaire (< 6 ans), plus affirmée qu’à l’âge scolaire (7-10 ans), mais le seuil de signification statistique n’est pas atteint. Par ailleurs, trois variables ont été associées à ce phénomène : l’âge, le sexe féminin et la faiblesse du niveau intellectuel.

Rôle de l’IDH
Enfin, une relation négative a été établie entre l’indice de développement humain (IDH) propre à chaque pays et les valeurs de la prévalence « poolée » de l’épilepsie, ce qui peut s’expliquer par des différences importantes entre les niveaux de vigilance, les techniques diagnostiques ou encore le développement des services d’accompagnement de l’autisme ou des TSA. Pour mémoire, les cinq pays dont l’IDH est le plus élevé sont la Norvège, la Suisse, l’Irlande, l’Allemagne, et l’Australie. Les cinq pays dont l’IDH est au plus bas sont le Niger, la Centrafrique, le Tchad, le Soudan du Sud, et le Burundi.

Globalement et avec une marge d’erreur confortable, un patient atteint de TSA sur dix serait atteint d’une épilepsie. L’association des deux maladies semble plus fréquente chez l’adolescent, l’adulte ou la femme, mais aussi en cas de handicap intellectuel. Elle est en revanche moins fréquente dans les pays dont l’IDH est élevé.

Cette méta-analyse permet de mieux cerner l’entité que constitue l’association TSA-épilepsie, au travers d’une approche critique et nuancée qui prend en compte ses dimensions épidémiologiques et socio-économiques. C’est dans les pays à IDH élevé qu’elle serait la moins fréquente pour des raisons qui restent à éclaircir, mais même dans ce contexte favorable, sa prévalence serait d’au moins 10 % en moyenne, de fait comprise entre 6 % et 40 % selon les études. Une fourchette que cette méta-analyse ne saurait ignorer … et des chiffres qu’il convient de prendre au sérieux, compte tenu de l’incidence croissante des TSA au cours des vingt dernières années et de l’impact de l’épilepsie sur le pronostic de ces derniers.

Dr Giovanni Alzato

Référence
Xian Liu et coll. : Prevalence of epilepsy in autism spectrum disorders: A systematic review and meta-analysis. Autism. 2022;26(1):33-50. doi: 10.1177/13623613211045029.