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Quelle approche de l’adulte handicapé mental ? (Dr. Alain Cohen, Journal International de Médecine)

En foyer de vie, en maison d’accueil spécialisée, en foyer d’accueil médicalisé… dans toutes ces structures pouvant recevoir des adultes avec un handicap mental, les personnels sont conduits à s’interroger sur la nature d’un handicap mental et sur les moyens d’accompagner la personne concernée. Docteur en sciences de l’éducation et formateur en travail social, Philippe Chavaroche rappelle ces questionnements fréquents et suggère des pistes de réflexion. Comme ce paradoxe : souvent, « la mention de la majorité légale est assortie de mesures qui limitent le plein exercice» de cette majorité !

Même si l’appellation ancienne « majeur incapable » tend à s’estomper, vu son caractère « sans doute trop stigmatisant dans son expression négative», et bien qu’on lui substitue plutôt, désormais, l’indication « majeur protégé », force est de constater que même cette dénomination, présumée plus neutre, comporte pourtant intrinsèquement « une contradiction, celle d’être un majeur pas tout à fait majeur puisqu’ayant besoin de protection», contrairement à l’adulte « normal ». L’auteur cite ainsi Paul Fustier[1]qui voit presque un oxymoron dans cette notion d’handicapé mental adulte : « Si je sens avoir affaire avec un adulte, alors j’aurai du mal à garder la représentation du handicap. Mais plus fréquemment,  si je sens que j’ai affaire à un handicapé mental, alors l’adulte sera gommé de ma représentation, il disparaîtra au profit d’une représentation spontanée d’enfant que j’aurai alors».

Novlangue

Pour l’auteur, cette conception « fixe le handicap mental dans le champ de l’enfance», comme pour combler le fossé entre « ce qui est observé et vécu» : la déficience de l’adulte handicapé mental est moins contradictoire avec son statut d’adulte, elle semble presque « normale » puisqu’elle correspond alors au niveau cognitif d’un « enfant encore non parvenu à maturité». L’auteur souligne aussi la contradiction implicite soulevée par le « totem de tout accompagnement médico-social» actuel, cette notion ubiquitaire de « projet » : projet éducatif, projet thérapeutique, projet social… Or « l’essence même du mot projet», l’existence sous-jacente d’une bonne compréhension de la temporalité, « est-elle possible pour tous ces adultes (handicapés) dont beaucoup souffrent de troubles psychopathologiques perturbant gravement leur rapport au temps ?».
Par conséquent, il est alors illusoire de croire que le projet porté par l’équipe pour un « usager » (selon le jargon technocratique actuel où le classique « patient » devient un « utilisateur » de services médico-sociaux) est réellement partagé par l’intéressé. En réalité, ces sacro-saints projets (gros consommateurs de temps dans les institutions médico-sociales) sont souvent ceux des professionnels et « des familles ou des tuteurs. » Une autre raison de s’interroger, avec l’auteur, sur l’existence symbolique et/ou effective du sujet dit « adulte mental handicapé » ou, en langue de bois « politiquement correcte », adulte « en situation de handicap psychique ».
 Dr Alain Cohen
Références
[1] Paul Fustier : Le travail d’équipe en institution, Paris, Dunod, 1999.
Philippe Chavaroche : L’adulte handicapé mental existe-t-il ? Empan; 2018/4: 112 : 13–17.

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